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Mohamed Bouhafsi révèle qu’il a été victime de violence domestique dans son enfance, afin de soutenir ceux qui souffrent de la même situation en quarantaine

Un homme bien connu de la scène journalistique du football européen, responsable du football à CMR Sport et ami cher de Obtenir des nouvelles du football françaisMohamed Bouhafsi a écrit aujourd’hui un éditorial émouvant dans Le Journal du DimancheIl y révèle qu’il a été victime de violence domestique dans son enfance, afin de soutenir les jeunes vulnérables qui souffrent de la même situation que celle du monde entier.

La pièce est trop importante pour ne pas être partagée dans sa totalité en anglais ci-dessous :

C’est l’histoire de Daoudja, 6 ans, qui est mort des coups de son père parce qu’il ne pouvait pas faire ses devoirs. C’est l’histoire de cette femme battue à Nancy, mise en quarantaine avec son bourreau. Tant de ces quarantaines douloureuses et surréalistes se déroulent sous nos yeux ou de l’autre côté de nos murs. Pourtant, notre société vit ce confinement avec une forme d’égoïsme opportuniste. Comme une partie des Français, je travaille depuis plusieurs semaines à la maison.

J’aime être avec ma femme, je joue avec notre chien. Je discute pendant des heures au téléphone avec des footballeurs que je rencontre tous les jours dans le cadre de mon travail. Je lis la presse, je me plonge dans les classiques de mes années scolaires, Zola, Camus, Hugo. Parfois, je joue Call Of Duty : je mime la guerre derrière mon écran alors que d’autres la vivent entre quatre murs.

J’étais un enfant battu par son père. Ma mère a été battue par mon père. Je sais que les relations amoureuses peuvent se transformer en un flot de coups de poing et de pleurs sous l’influence de la colère, de la drogue ou de l’alcool. Après un coup de poing, il y avait souvent sa culpabilité. Des larmes. La sienne d’abord, puis la mienne.

Ce cauchemar me rattrape. Les histoires que j’entends me font mal au cœur. Une mère et son enfant se voient refuser l’entrée d’un supermarché alors que des pères violents sont laissés près de leur famille. Nous passons devant un appartement où nous entendons des cris, en nous disant que ça va passer… Cela ne nous affecte pas.

Face à la pandémie, il y a une urgence sanitaire. Mais il y a aussi cette urgence humanitaire : protéger les enfants de la brutalité des adultes. Nous nous concentrons légitimement sur la souffrance dans les hôpitaux, mais qu’en est-il de ces enfants qui meurent à la maison ? Ne sont-ils pas des victimes potentielles du virus, vulnérables et démunis ? Au moment où nous écrivons ces lignes, ils n’ont pas l’école comme lieu de refuge, le centre de plein air pour respirer, les amis avec qui bavarder, pour oublier ce qui se passe à la maison. Ni soutien, ni échappatoire.

La violence domestique a explosé en France : + 40,5% selon le ministre de l’Intérieur. Tout le monde constate que la quarantaine augmente le danger. Cette situation est intolérable, ne la tolérons plus. Soyons ces personnes qui vont changer leur vie, même pour un instant. Le pharmacien qui demande à une mère si elle a besoin d’aide lorsqu’il la voit trembler et avoir peur, l’enseignant qui écoute son élève au téléphone et qui entend sa souffrance derrière les mots qu’il prononce, le voisin qui frappe à la porte derrière laquelle on entend des cris, la mère de l’ami qui ne restera pas indifférente aux messages de détresse que reçoit son propre fils.

Faites quelque chose, n’ayez pas peur d’agir. Ou au moins, alertez quelqu’un. C’est la responsabilité de chacun. Appelez le 119, envoyez un SMS au u114, pour ces enfants, pour ces femmes. Faites un don aux organisations – L’Enfant bleu, Putain de Guerrières, et tant d’autres. Vous changez, nous changeons. “Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays”, a déclaré John Fitzgerald Kennedy. Refuser d’accepter d’entendre un enfant mourir lentement dans la maison d’un voisin, c’est aussi faire son devoir. Il s’agit d’être uni pour créer notre monde de demain.

Notre conscience doit être mise à l’épreuve. Le directeur général de la santé compte nos décès à la télévision (d’après le quotidien COVID-19). Mais qui compte les coups administrés et reçus dans le cœur des familles ? Ne prétendez pas que nous ne pouvons pas faire quelque chose. Défendez ce que nous pouvons défendre, protégez ceux que nous devons protéger.