Une marque transforme une annonce en conversation. Depuis le 9 février 2026, OpenAI teste l’affichage publicitaire dans ChatGPT aux États-Unis. L’étape suivante s’appelle Sponsored Agents : après un clic sur une bannière, l’internaute discute avec un agent financé par l’annonceur au lieu d’atterrir sur une page produit.
Le format reste fermé à la quasi-totalité des annonceurs. Aucun accès anticipé n’est ouvert, aucune demande de participation n’est possible. Voici ce que contient réellement cette annonce, et ce qu’un annonceur peut tester dès maintenant.
Sponsored Agents : une publicité qui devient une discussion
Le principe tient en trois mouvements. Une annonce s’affiche dans ChatGPT. L’utilisateur ouvre, s’il le souhaite, une conversation étiquetée comme sponsorisée avec un agent représentant la marque. Il pose ses questions, puis suit un lien vers le site quand il le décide.
OpenAI illustre le mécanisme avec une table de salle à manger : dimensions, nombre de couverts, entretien de la finition. Ce sont exactement les interrogations qui font aujourd’hui rebondir un prospect entre une fiche produit, une FAQ et le service client. La conversation absorbe ces allers-retours en un seul fil.
Un point mérite l’attention : cet échange reste séparé des réponses indépendantes de ChatGPT et du fil ouvert par l’utilisateur. Une précaution qui protège la crédibilité de l’assistant, et qui répond à la critique la plus fréquente adressée aux formats conversationnels monétisés : la confusion entre conseil neutre et message commercial.
Pour un annonceur, la conséquence est structurelle. La landing page n’est plus la première étape après le clic. La conversation devient le point d’entrée, et le site intervient plus tard dans le parcours. Toute la mécanique de conversion s’en trouve décalée.

Un pilote fermé, sans calendrier d’ouverture
La fonctionnalité circule auprès d’un échantillon très restreint de partenaires, sur le sol américain. Aucun budget ne peut être engagé sur ce format à l’heure actuelle. Une direction qui découvre l’annonce officielle devra donc se contenter de temporiser et de surveiller l’élargissement du pilote.
Cette prudence n’a rien d’étonnant. Les agents publicitaires impliquent un modèle de langage qui parle au nom d’une marque : un terrain où l’erreur factuelle se paie cher. OpenAI a également ouvert sa régie publicitaire aux annonceurs français fin août. La logique de déploiement reste graduelle, marché par marché.
Le 16 septembre, plusieurs briques ont été annoncées en parallèle. Leur statut diffère nettement.
| Brique annoncée le 16 septembre | Statut selon OpenAI | Qui peut s’en servir |
|---|---|---|
| Sponsored Agents | Phase alpha limitée | Annonceurs sélectionnés aux États-Unis |
| Plugin Ads Manager dans ChatGPT | En déploiement | Annonceurs ChatGPT Ads |
| Suggestions de textes et de visuels | En déploiement | Annonceurs ChatGPT Ads |
| Adaptation et traduction automatiques des annonces | Sur activation volontaire | Annonceurs ChatGPT Ads |
| Application HubSpot | Disponible | Entreprises qui gèrent leurs clients dans HubSpot |
| Application Shopify | Disponible aux États-Unis, international le 23 septembre | Marchands des pays où ChatGPT Ads est ouvert |
Le tableau dessine une réalité simple : une seule ligne sur six est inaccessible. Le reste est déjà manipulable par les annonceurs présents sur ChatGPT Ads.
Ads Manager et création assistée : ce qui tourne aujourd’hui
Deux fonctions méritent un test immédiat. Le plugin Ads Manager permet de créer, modifier et analyser des campagnes publicitaires en langage naturel depuis ChatGPT, avec conversion d’un site ou d’un brief en campagne et recommandations à la clé.
À l’intérieur d’Ads Manager, l’assistance créative génère textes et visuels à partir de la landing page et de l’objectif visé. L’annonceur relit et modifie avant validation. La logique rappelle AI Max de Google Ads : l’outil propose, l’humain arbitre.
Pour mesurer l’enjeu, imaginons une PME d’ameublement en ligne, 40 références, un seul chargé de communication. Aujourd’hui, produire trois variantes d’annonces pour six marchés représente plusieurs jours. Avec l’adaptation et la traduction automatiques activées volontairement, la même tâche se réduit à une relecture. Le gain ne tient pas à la créativité, mais au temps libéré pour l’analyse des résultats.
La question de la place des agents conversationnels dans le parcours d’achat cesse alors d’être théorique : elle devient un paramètre de pilotage.
Les angles morts à lever avant de tester
La documentation publiée reste muette sur plusieurs points décisifs. Que peut affirmer l’agent ? Prix, stock, délais de livraison ? Sur quelles données s’appuie-t-il ? Surtout, que remonte des échanges vers l’annonceur ?
Rien n’indique non plus comment le format sera configurable côté marque, ni comment la personnalisation des réponses sera encadrée. Le rapprochement avec les publicités click-to-message de Meta est tentant, avec une différence de taille : en face du prospect, il n’y a plus un conseiller, mais un modèle de langage.
Quatre points devraient donc figurer sur la liste de contrôle de toute équipe qui suit de près les innovations des plateformes d’IA :
- Le périmètre factuel autorisé pour l’agent : quelles informations la marque peut-elle rendre opposables ?
- Les sources de données connectées : catalogue, CRM, base de connaissances interne.
- Le journal des conversations : ce qui est conservé, ce qui est restitué, sous quel format.
- Les indicateurs de suivi : une conversation est-elle comptée comme une conversion, un contact, un clic ?
Sans réponse à ces questions, un pilote se transforme en expérimentation à l’aveugle. Fiare un test ne coûte rien ; mal interpréter ses résultats coûte plus cher que l’attente.
Ce qu’il faut retenir de cette phase alpha
Les Sponsored Agents constituent la première vraie nouveauté publicitaire d’OpenAI. Leur accès demeure fermé, et les réglages côté annonceur restent flous. Un annonceur n’a donc rien à budgéter aujourd’hui.
En revanche, la direction est claire : le conversationnel devient un format publicitaire à part entière. Les équipes capable de décrire leurs offres avec précision, de structurer leurs données produits et de rédiger des réponses fiables seront prêtes le jour de l’ouverture. Les autres devront improviser.
Rester à l’affût de l’élargissement du pilote suffit pour l’instant. La vraie préparation se joue ailleurs, dans la qualité de la donnée et la clarté du discours produit.
