Google a profité du 28 octobre 2026 pour ouvrir les annonces intégrées à son mode IA à dix marchés supplémentaires. Le Canada, l’Inde et l’Australie figurent dans la liste. La France, elle, reste absente du dispositif. Voici ce que cette extension change concrètement pour les campagnes Google Ads, et pourquoi les annonceurs hexagonaux ont intérêt à s’y préparer sans attendre.
Google Ads dans AI Mode : dix marchés de plus, la France en retrait
L’AI Mode est cette expérience de recherche conversationnelle propulsée par Gemini, lancée aux États-Unis en mars 2025 et accessible aujourd’hui dans plus de 200 pays et territoires. Sa particularité : l’internaute enchaîne les questions, reformule, approfondit. Un comportement qui modifie la façon dont une annonce peut rencontrer une intention d’achat.
Le 28 octobre 2026, Google a donc officialisé l’ouverture des formats publicitaires dans ce nouvel environnement à dix pays : Australie, Canada, Inde, Kenya, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Nigeria, Pakistan, Philippines et Singapour, selon Google. Le même jour, Alphabet a revendiqué un milliard d’utilisateurs pour Gemini, un chiffre qui donne la mesure de l’enjeu pour le marché publicitaire.
Les pays concernés par le déploiement international
| Marché | Statut des annonces dans AI Mode | Échéance |
|---|---|---|
| États-Unis | Annonces actives, dont le format « multiturn » sur les questions de relance | Déjà en place |
| Australie, Canada, Inde, Kenya, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Nigeria, Pakistan, Philippines, Singapour | Ouverture annoncée par Google | 28 octobre 2026 |
| Brésil, Mexique, Royaume-Uni | Extension annoncée | Quatrième trimestre 2026 |
| France | Emplacement publicitaire non ouvert : les annonceurs s’affichent au-dessus ou en dessous des Aperçus IA | Non communiquée |
Le point le plus notable se situe peut-être aux États-Unis. Les annonces dites « multiturn » peuvent désormais apparaître sur les questions de relance d’une conversation, et plus seulement sur la première requête. Autrement dit, la publicité s’invite au milieu du dialogue, pas uniquement à son entrée.
Ce que l’arrivée des annonces AI Mode change pour vos campagnes
La mécanique reste volontairement simple. Aucune campagne à créer, aucun réglage à activer : les campagnes Search, Shopping et Performance Max existantes sont éligibles d’office, dans la même enchère et sans surcoût annoncé. Google étend un emplacement, il ne commercialise pas un nouveau produit.
Trois limites méritent toutefois d’être posées avant de crier victoire :
- Pas d’exclusion possible d’AI Mode en tant qu’emplacement distinct de Google Search. Les mots-clés négatifs et les exclusions de marque restent les seuls leviers de contrôle.
- Pas de segmentation dédiée : les performances remontent agrégées dans le rapport de campagne et dans le rapport sur les termes de recherche.
- Le type de correspondance conditionne l’accès aux questions exploratoires, puisque Google rattache l’annonce soit à la requête seule, soit à la requête et à la réponse générée.
Ce dernier point est décisif. Un compte bâti sur l’exact et l’expression ne verra AI Mode que sur des requêtes transactionnelles. Or, selon Google, les requêtes saisies en AI Mode sont en moyenne trois fois plus longues que les recherches classiques. Le ciblage large devient donc la porte d’entrée naturelle vers ces conversations étendues.

Les bonnes pratiques poussées par Google se lisent d’ailleurs sans ambiguïté : activer AI Max, privilégier le ciblage de requêtes larges, s’appuyer sur le Smart Bidding et soigner un flux Merchant Center complet. Une manière de dire que la performance ne viendra pas d’un réglage magique mais de la qualité des données produit et de l’automatisation.
Types de correspondance et requêtes conversationnelles
Prenons une enseigne de matériel photo qui vend des objectifs. Une recherche classique ressemblera à « objectif 50 mm f1.8 ». La même intention, exprimée en AI Mode, peut devenir une phrase entière mêlant budget, boîtier possédé et usage recherché. L’annonce classique ne capte que le fragment ; l’emplacement conversationnel capte la demande complète.
Reste un angle mort de taille : sans segmentation, impossible d’isoler la contribution exacte d’AI Mode dans une campagne. C’est précisément là que le suivi de l’évolution des taux de clic et l’analyse fine des termes de recherche prennent le relais.
Pourquoi la France reste à l’écart de la publicité dans AI Mode
L’Hexagone n’a pas été écarté par hasard. Au moment de la généralisation de mai 2025, la France était le seul pays de l’Union européenne laissé de côté. En cause : un désaccord entre Google et les autorités françaises autour des droits voisins, ce mécanisme de rémunération des éditeurs de presse pour la reprise de leurs contenus.
La situation s’est depuis partiellement débloquée : les Aperçus IA et le mode IA ont été déployés en France en juillet 2026. Mais l’emplacement publicitaire intégré aux réponses, lui, reste fermé. Les annonceurs français s’affichent au-dessus ou en dessous des Aperçus IA, jamais à l’intérieur du bloc généré. Une nuance que beaucoup de campagnes e-commerce ont intérêt à garder en tête.
Cette exception illustre un point souvent négligé : le déploiement international d’une fonctionnalité publicitaire ne suit pas une logique purement commerciale. Le cadre juridique local pèse autant que le potentiel de marché. Pour un spécialiste du marketing numérique, cela signifie qu’un calendrier produit peut basculer du jour au lendemain selon une négociation réglementaire.
Ce que les annonceurs français peuvent préparer dès maintenant
Rien ne change en novembre pour un compte diffusé uniquement en France. Et c’est peut-être une bonne nouvelle : le temps de l’observation reste ouvert. Mais les règles qui s’appliqueront le jour de l’ouverture sont déjà connues, ce qui permet d’arriver préparé plutôt que de subir un changement d’interface.
Trois chantiers se dessinent, dans l’ordre de priorité.
- Auditer la répartition des types de correspondance et la structure des mots-clés négatifs, pour mesurer la part du compte capable d’accéder aux requêtes longues.
- Tester AI Max sur une campagne pilote, afin de disposer d’une base de performance avant l’activation de l’emplacement.
- Fiabiliser les flux Merchant Center : titres, attributs, images, disponibilités. La qualité du flux pèsera lourd dans un environnement dominé par Shopping et Performance Max.
Les annonceurs qui diffusent également en anglais ont un avantage : surveiller le rapport sur les termes de recherche au Canada, puis au Royaume-Uni, donne un aperçu concret de ce qui attend la France. Une hausse des requêtes longues et conversationnelles constituera un signal clair d’exposition à la nouvelle interface. Pour les autres, la répartition des budgets entre canaux reste le meilleur terrain d’expérimentation.
Un marché publicitaire qui se redessine autour des réponses génératives
Derrière l’annonce du 28 octobre se joue une bataille plus large. La publicité en ligne a longtemps reposé sur une équation stable : une page de résultats, dix liens, quelques encarts. Les réponses générées par intelligence artificielle cassent cette linéarité. L’internaute lit une synthèse, parfois sans descendre plus bas.
Pour Vincent Brossas, consultant en acquisition de leads B2B, l’enjeu n’est pas d’attendre l’ouverture française mais de tester dès maintenant AI Max et le ciblage large sur une campagne pilote, afin de comparer les performances avant et après l’arrivée des emplacements. Un raisonnement qui vaut aussi pour les annonces Google en Search classique.
La vraie question n’est donc pas de savoir quand la France basculera, mais si les comptes seront prêts ce jour-là. Entre un flux produit incomplet, des correspondances verrouillées sur l’exact et une absence de suivi des termes de recherche, l’écart de performance peut se creuser en quelques semaines. Le marché publicitaire récompense rarement l’attentisme.
