Le choc traverse le secteur : la part de ChatGPT dans les visites web des chatbots est passée de 82 % à 53 % entre juin 2024 et mai 2026, selon le dernier rapport de Similarweb. Dans le même temps, Copilot 365 dévisse de 31 %. Le marché de l’IA se réorganise, et les bénéficiaires de cette recomposition ne sont pas forcément ceux que l’on attendait.
Ce que le rapport Similarweb révèle sur le marché de l’IA en 2026
Le rapport annuel de Similarweb mesure les visites web et les téléchargements d’applications des plateformes d’IA générative entre juin 2025 et mai 2026. Le volume global reste en forte hausse : les plateformes cumulent 9,5 milliards de visites web mensuelles en moyenne, soit 70 % de plus qu’un an plus tôt. Les visiteurs uniques mensuels grimpent de 57 %, pour atteindre 655 millions.
Les téléchargements d’applications suivent la même tendance, avec 4,4 milliards sur douze mois. Mais c’est la répartition interne de ce gâteau qui a changé. ChatGPT capte toujours la plus grosse part, mais sa domination relative s’érode au profit de concurrents comme Gemini, Claude, Perplexity et DeepSeek.
Une part de marché en baisse, une audience en hausse
Le recul de la part de ChatGPT ne concerne que les sites web des chatbots. Il ne mesure ni l’usage via API, ni les applications de bureau, ni l’IA intégrée aux logiciels existants. Similarweb le précise explicitement. En parallèle, sur les applications mobiles américaines, ChatGPT gagne 87 % d’utilisateurs actifs mensuels sur un an, avec environ 50 millions d’utilisateurs contre 29 millions pour Gemini.
Les écarts de croissance entre plateformes sont très parlants. Voici un aperçu des évolutions constatées :
| Plateforme | Évolution des utilisateurs actifs mensuels ou visites (12 mois) |
|---|---|
| Meta AI | +435 % |
| Claude | +349 % |
| Grok | +117 % |
| Perplexity | +94 % |
| ChatGPT (mobile US) | +87 % |
| DeepSeek | -23 % |
| Microsoft 365 Copilot | -31 % |
Ce tableau montre que les acteurs les plus dynamiques ne sont pas ceux qui dépensent le plus en publicité. Nous y reviendrons.
Copilot 365 : la chute qui interroge les DSI
Le cas de Copilot 365 mérite une attention particulière. Une baisse de 31 % sur un produit distribué dans les licences Microsoft interroge sur l’usage réel après le déploiement. Comment expliquer qu’un assistant aussi intégré à Windows et à la suite Office perde autant de terrain ?
Les premiers retours terrain évoquent des outils que les collaborateurs cessent d’utiliser après la phase de test. La technologie n’est pas en cause, mais son intégration aux habitudes de travail reste perfectible. Les directions informatiques doivent auditer l’usage réel des licences avant de renouveler leurs contrats. Ce constat rejoint celui observé dans les secteurs qui tirent parti de l’IA, où l’adoption dépend davantage de la formation que de l’outil lui-même.
La croissance fulgurante de Meta AI et Claude
Pendant que Copilot recule, Meta AI affiche une progression spectaculaire de 435 %, et Claude de 349 %. Ces deux acteurs ont un point commun : ils s’appuient sur des canaux de distribution déjà massifs. Meta intègre son assistant dans Instagram, Facebook, WhatsApp et Messenger, tandis que Claude mise sur une qualité rédactionnelle plébiscitée par les professionnels.
Du côté de Gemini, les dépenses publicitaires ont augmenté de 260 % sur le semestre, mais la croissance des visiteurs uniques plafonne autour de 60 %. Le budget marketing ne suffit donc pas à créer une adoption durable. La question est de savoir si ces nouveaux venus parviendront à monétiser leur audience.
Pourquoi le déclin de ChatGPT est à relativiser
Une part de marché qui baisse dans un marché qui double ne signifie pas une perte d’utilisateurs. ChatGPT reste l’outil le plus utilisé, et le chevauchement des audiences avec Google est massif. Selon Similarweb, 95 % des utilisateurs de ChatGPT utilisent aussi Google, soit 461 millions de personnes sur 494 millions, entre mars et mai 2026. En clair, l’IA ne remplace pas la recherche classique, elle s’y ajoute.
Google reste la porte d’entrée principale
Google conserve 3,3 milliards de visiteurs uniques mensuels, et les recoupements entre ChatGPT, Gemini et Claude atteignent 29 millions d’utilisateurs. Les internautes testent plusieurs assistants en parallèle sans s’installer dans une plateforme unique. Pour les marques, cela signifie que la visibilité doit se construire sur plusieurs surfaces.
Le déploiement des AI Overviews de Google en France modifie la donne, comme l’explique cette analyse sur les aperçus IA de Google dans la recherche. Une partie des requêtes trouve désormais une réponse directement dans la page de résultats, sans clic vers un site externe.
Les arbitrages à revoir dans votre stratégie IA
Face à ces évolutions, trois conséquences opérationnelles se dégagent pour les équipes marketing et les directions techniques.
- Arrêter de traiter la visibilité IA comme un canal unique. Suivre au minimum la visibilité ChatGPT, les AI Overviews de Google et les assistants intégrés aux plateformes de vente.
- Ne pas retirer de budget SEO pour financer le GEO. Les audiences se recouvrent presque intégralement, et le recul de Copilot 365 montre qu’un déploiement massif ne garantit aucune adoption.
- Auditer l’usage réel des licences IA déployées en interne. Le choix du modèle mérite d’être réexaminé chaque trimestre, tant les écarts de performance bougent vite.
Le trafic lié à l’IA bondit également côté serveurs, comme le montre cette enquête sur l’explosion du trafic IA vers les serveurs. Les infrastructures doivent suivre, et les outils de mesure GEO aussi.
La bataille de l’IA embarquée commence
Le point le moins visible de l’étude est peut-être le plus stratégique. Google pousse ses AI Overviews et son AI mode dans son moteur de recherche. Amazon a intégré Alexa for Shopping dans son parcours d’achat. Meta a annoncé 1,2 milliard d’utilisateurs mensuels pour son IA en mars 2026, contre 384 millions en septembre 2024. Ces utilisateurs n’ont pas choisi d’aller sur un site d’IA : l’IA est venue à eux.
Pour une marque, cela déplace la question. Il ne s’agit plus de savoir sur quel chatbot être présent, mais dans quelles surfaces de décision apparaître. Les assistants intégrés aux outils de vente, comme Breeze chez HubSpot, sont déjà utilisés pour la prospection. L’IA conversationnelle devient un point de contact standard.
Une dernière donnée mérite qu’on s’y attarde : les chatbots IA gagnent 57 % de visiteurs uniques en un an, quand la catégorie des sites d’actualité en perd 5 %. Cela en dit long sur la défiance d’une part croissante des utilisateurs envers les réponses générées par l’IA, mais aussi sur la non-cannibalisation des surfaces de recherche traditionnelles.
Et vous, combien de surfaces de visibilité IA suivez-vous réellement avec vos outils de mesure GEO actuels ?